1918 : la dernière année de boucherie…

15/01/2018
1918 : la dernière année de boucherie…

Il y a plus de trois ans que le tocsin appelant à la mobilisation générale a sonné au clocher de Bouc Bel Air. Il y a plus de trois ans que la guerre fait rage dans notre pays, mais aussi dans une bonne partie du monde. Cette année 1918 va enfin en voir l’issue, en particulier grâce à l’engagement des « Sammies », ces soldats américains débarqués l’année précédente. La volonté de Georges CLÉMENCEAU est parfaitement claire lorsqu’il s’adresse à la chambre : « Ma politique étrangère et ma politique intérieure, c’est un tout. Politique intérieure, je fais la guerre ; politique étrangère, je fais toujours la guerre. (…) je continue de faire la guerre, et je continuerai de faire la guerre, et je continuerai jusqu’au dernier quart d’heure. »

 

La guerre, des « enfants » de Bouc vont continuer à la faire jusqu’à ce 11 novembre, deux d’entre eux y trouvant la mort pendant cette année. Que ce soit dans l’Aisne, dans la Marne, en Champagne, dans les Vosges, dans la Somme ou encore en Argonne, là où les combats continuent à faire rage ils défendront leur Patrie jusqu’au bout, loin des leurs.

Jules OLIVIER (cantonnier-28 ans) qui est sapeur se trouve en Meurthe et Moselle en ce début d’année 1918 et avec sa compagnie participe à la consolidation de tranchées et de fortifications. Pendant ce temps, Héloïs OLIVIER (boucher-36 ans, qui sera maire de la commune de 1935 à 1944) combat avec son régiment dans l’Aisne dans la région de CHAUNY où il est fait prisonnier le 6 avril et restera en captivité jusqu’à l’armistice. Le chasseur Henri ESCOFFIER (employé de commerce-23 ans) participe lui à l’offensive dans la Marne au printemps et est blessé par des éclats d’obus le 29 septembre lors de la contre-offensive de la Somme. Le chasseur Fernand CANOBIO (cultivateur-20 ans) est lui aussi dans la Somme entre avril et juillet, avant de passer par la Champagne et de rejoindre le front des Flandres les derniers mois de guerre. Le caporal Marius SIBILOT (métayer- 34 ans) est d’abord dans l’Aisne, puis en Champagne où il est blessé à la tête par un éclat d’obus le 29 juillet à VILLE-EN-TARDENOIS. Le chasseur Jean ANDRAUD (mécanicien-35 ans), quant à lui, est affecté au 20ème bataillon de chasseurs et est fait prisonnier lors des combats de MESNIL-LES-HURLUS le 12 septembre. Il restera interné en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Le soldat Joseph BOUCHET (cultivateur- 32 ans), après avoir combattu avec son régiment d’infanterie dans la Somme, est à VILLEMOYENNE dans l’Aines le 30 juillet où il est blessé pour la troisième fois depuis qu’il a été incorporé en avril 1915. Son jeune camarade Louis BÉRENGER (cultivateur-20 ans) a moins de chance et trouve la mort le 5 août dans la région de SOISSONS lors d’une patrouille. Le chasseur Emile REYNOIRD (cantonnier-31 ans), après les Flandres et la Champagne, combat lui dans la région de HAYANGE (Moselle) où il disparait lors d’une mission au début du mois de novembre. Il sera retrouvé le 5 décembre dans la région de SARRELOUIS. Enfin, le soldat Léopold BERNARD (cultivateur- 23 ans) sera le dernier mort des « enfants » de Bouc. En effet, c’est le 12 novembre 1918 qu’il décède de maladie après avoir combattu successivement toute cette année dans la région de VERDUN puis dans l’Aisne et en Argonne.

 

Cette guerre aura profondément marqué la commune, comme toutes celles de notre pays. Même s’ils n’ont pas directement souffert des combats et des terribles destructions engendrés par ceux-ci, ses habitants l’ont vécu plus ou moins dans leur chair. Tous étaient impactés ou au moins concernés par le départ de l’un des leurs ou des maris et des fils d’autres familles, car tous se connaissaient dans notre petite commune rurale de cette époque.

Mme GROSS, institutrice, écrivait dans un de ses rapports : « Dès le jour de la mobilisation, tous les hommes valides de Bouc sont partis avec joie et entrain. 90 habitants ont ainsi rejoint leur corps, il ne reste à l’heure actuelle à Bouc Bel Air que quelques hommes trop âgés ou réformés pour maladie grave. La population toute entière a accepté sans murmure, et plutôt avec fierté patriotique, toutes les charges qu’a créées la guerre, dans un village agricole, et si elle souhaite la paix, elle ne la veut cependant qu’après notre triomphe, et l’écrasement d’un adversaire arrogant. »

 

Honneur et gloire donc à tous nos Poilus boucains qui ont concouru à ce triomphe de notre Patrie !