Les six premiers mois de 1915

16/06/2015
Les six premiers mois de 1915

Dès la fin 1914, la France s’enterre : c’est la fin de la guerre de mouvement.

Nos soldats s’installent dans des tranchées et en même temps dans l’horreur. Les ordres du grand quartier général (GQG) est de tenir, c'est-à-dire de rester sur place dans les tranchées, exposé aux bombardements, aux attaques partielles et aussi aux intempéries.

Le front se stabilise presque par surprise entre la Lorraine et la Mer du Nord : c’est également la fin  de la course vers la mer.

L’Etat-major français commence à se rendre compte que la guerre sera plus longue que prévu. Pour remonter le moral des troupes, l’armée crée le théâtre aux armées et les 1ères permissions commencent à être données. Le 2 février, le gouvernement ordonne l’application de la loi de 1899 dite « curés sacs au dos » :  les représentants des cultes (prêtres, pasteurs, rabbins et séminaristes) en âge de remplir leurs obligations  militaires sont mobilisés comme les autres citoyens et doivent servir la Patrie ; les plus jeunes (18 à 30 ans) serviront en 1ère ligne dans des unités combattantes, ceux appartenant à la tranche d’âge supérieure (31 à 39 ans) serviront comme infirmiers ou brancardiers et les plus âgés serviront comme aumôniers au sein des différents régiments ou divisions.

FEVRIER

Guillaume II autorise l’ouverture de la guerre sous-marine.

L’offensive dans les Vosges et en Alsace reprend, notamment celle du Vieil Armand (Hartmannswillerkopf, 19 janvier 1915 au 8 janvier 1916) qui mobilisent 14 divisions allemandes. C’est au cours de cette bataille que nos vaillants chasseurs alpins furent baptisés par l’ennemi "les diables bleus".

Le 17 février, c’est le début de la bataille des Eparges qui mobilise la 24ème brigade d’infanterie de la Ière Armée face à 3 divisions germaniques ; c’est aussi le début de "la guerre des mines".

En Champagne, la IVème Armée française reprend l’offensive sur 10km. Elle a pour but de retenir le plus longtemps possible la Vème armée allemande sur le front de l’Ouest, afin de soulager la Russie.

Dans les ports de Toulon et de Marseille, la 156ème division d’infanterie (DI) et la 17ème division d’infanterie coloniale (DIC) embarquent pour les Dardanelles.

Les Allemands utilisent sur le front de l’Ouest les lance-flammes, en particulier en Argonne, dans le secteur du bois de Malancourt (Meuse).

MARS

Mars voit la fin de l’offensive en Champagne, pour un gain de terrain de 6 km. Côté français, il y a 14 000 hommes tués et blessés.

Apparaissent au sein de l’armée, les nouveaux équipements et les tenues dites "bleu horizon" ; l’Arméeaura une tenue disparate jusqu’au mois de février 1916.

L’escadre alliée pénètre dans le détroit des Dardanelles (péninsule de Gallipoli qui relie la mer Egée et la mer de Marmara) alors contrôlé par l’Empire Ottoman;  le but est de prendre le contrôle du détroit pour pouvoir ravitailler les Russes. Duels d’artillerie avec les batteries ottomanes, situées sur les hauteurs du détroit. Le détroit est truffé de mines, trois bâtiments alliés seront coulés dont le cuirassé français  BOUVET  (410 morts).

AVRIL

Les troupes allemandes lancent une violente offensive sur le front belge dans la région d’Ypres et de Dixmude, où ils utilisent pour la 1ère fois des obus à gaz toxique, que l’on nommera « ypérite » du nom de la ville d’Ypres. En 1916 lors de la bataille de Verdun, ce gaz sera appelé "gaz moutarde" en raison de sa couleur et de son odeur.

Début du génocide arménien, dans la région d’Alep, ordonné par le 1er ministre turc.

Des combats toujours aussi violents se déroulent sur le front des Vosges et de l’Alsace.

MAI

Le paquebot américain LUSITANIA est torpillé par un sous-marin allemand (U-BOOT) au large de l’Irlande. Il y aura 1 200 morts dont 181 Américains.

1ère offensive en Artois, par la 10ème Armée française du Général d’URVAL, dans la région d’Arras.  C’est la bataille de l’Artois qui se déroule du 9 mai 1915 au 25 juin 1915 suivie par une interruption des combats jusqu’en septembre 1915.

Attaque des Anglo-Canadiens dans la région de Vimy.

Le royaume d’Italie déclare la guerre à l’Empire austro-hongrois et à l’Allemagne.

Sur le front Italien, bataille dans le Trentin et dans les Dolomites.

JUIN

La France envoie en Italie le 70ème régiment d’artillerie lourde (RAL), ainsi que 7 bâtiments de la Marine et 3 escadrilles à Venise.

Sur le front italien, le 23 juin marque le début de la 1ère bataille de l’Isonzo où une batterie du 70ème RAL se distingue particulièrement.

Arrêt de l’offensive en Artois des troupes française et anglaise.

La vie au front.

Les fantassins sont exposés outre aux attaques et bombardements de toutes sortes, à la pluie et à la boue sans cesse retournée par les obus ; cette boue qui transforme les champs de bataille en un véritable bourbier. "La boue arrive jusqu’aux genoux, souvent en haut des cuisses ; on la retrouve partout sur nous et même dans nos sacs bien fermés".

Autres fléaux, ce sont les mouches, les poux dits "toto", les rats et les cadavres de soldats amis ou ennemis. "Tous les soldats combattants sont infectés de poux ; les mouches, elles, sont partout, dans nos gamelles, nos quarts, elles vont de cadavres en cadavres puis viennent se poser sur nous !" Pour les rats, ils font partie de la vie quotidienne du Poilu.  Mais le pire, du moins au début de la guerre de positions, ce sont les morts : les soldats de première ligne vivaient dans de véritables charniers ; et les odeurs que dégagent ces cadavres… mais, comme témoignent les soldats, "assez rapidement, on ne faisait plus attention aux cadavres que l’on appelait "macchabés". Puis l’heure de la relève, qui arrive au bout de cinq à six jours de 1ère ligne pour les rescapés…

C’est ainsi que vivaient nos poilus boucains dans les tranchées de première ligne.

Mais où étaient les soldats de Bouc pendant cette période ?

Nos cultivateurs :

Louis, Joseph, Marius  BERENGER (1898-1918), n’a pas encore 17 ans ; il travaille au domaine de "Prentigarde" à Bouc Bel Air.

Léopold, Fernand, Louis BERNARD (1895-1918) est soldat au 105ème RI depuis le 17 décembre 1914. En ce début d’année 1915, Léopold se trouve dans le secteur d’Erches dans la Somme.

Amable, Joseph GUEIDON (1877-1916), dernier d’une fratrie de quatre enfants ; il a déjà 37 ans quand la guerre éclate ; début 1915, chasseur au 4ème bataillon de chasseurs à pieds (BCP), il participe à l’occupation de la côte 60 et du bois de Klein Zillebeke (Belgique) ; le 4ème BCP cantonne à Dickebusch, Kruistraat, dans les faubourgs d'Ypres et à Reninghelst. Du 25 février au 10 avril, le 4ème BCP occupe le centre de résistance de Langemarck et vient, entre les relèves, cantonner à Elverdinghe et dans les fermes environnantes. Puis le 14-15 juin, c’est le départ vers Arras et la Lorraine, le 20 juin.

Hector, Joseph, Antoine JULIEN (1880-1918) a 34 ans lorsque la guerre éclate. Porté disparu après la bataille de Dieuze 30 août 1914 (Meurthe-et-Moselle), il est fait prisonnier et passera cet hiver et printemps 1915 au camp de Friedrichsfeld-bei-Wesel, en Allemagne, à proximité de la frontière germano-hollandaise.

 

Auguste, Emilien, Gervais OLIVIER (1895-1917). Le 17 février, sa compagnie (111èmeRI, 2ème bataillon 5ème compagnie [Cie]) est rappelée en renfort pour l’attaque du Pont des Quatre Enfants (forêt de Hesse) ; il sera légèrement blessé. De retour au front, il participe à l’attaque du poste des Volontaires (4 mars). Sa Section, sous les ordres du Sergent LANDRU, exécute une reconnaissance sur ce point. Après deux tentatives, ils réussissent à pénétrer dans le poste ennemi; la section piège le poste et revient avec 8 prisonniers. Puis c’est l’attaque de la tranchée des Boqueteaux (16 au 17 mars) suivie de la contre-attaque ennemie (les 17 et 18), mais celle-ci est repoussée. Le 19, à midi, violent marmitage ennemi, nouvelle contre-attaque, bataille au corps à corps dans la tranchée ; après 3 heures de lutte acharnée, les Allemands se retirent. Le 28 mars, la 5ème Cie du soldat OLIVIER est mutée au 45ème RI en renfort. Il rejoint son bataillon, le 30 avril, dans l’Aisne où il monte aussitôt en ligne dans la tranchée du Bois Chauffeur, la tranchée des Carrières. Après 8 jours à l’arrière du front, il remonte en ligne dans la Marne du côté de Prunay. La section du 1ère classe OLIVIER est chargée de la protection de la tranchée. Les combats sont durs ; plusieurs combats au corps à corps et marmitages, mais le 45ème tient bon ; il est relevé le 25 juin pour les secondes lignes (pertes : 1 591 hommes).

 

Emile, Julien SAMAT (1878-1916). Le conseil de révision de Digne prononce son exemption pour cause de pieds-plats et de bronchite aiguë en 1899. Mais le 29 décembre 1914, le conseil de réforme le trouve finalement apte pour le service armé, exception faite de l’infanterie. Il a 36 ans lorsque la guerre commence. Affecté au 7ème régiment d’artillerie (RA) le 15 mars 1915, il part à l’école d’artillerie de Fontainebleau, en sort pointeur et passe au 41ème RAC, 57ème Batterie de 75, le 3 juin 1915.

Joseph, Félix VIAL (1887-1916). En janvier 1915, il est au dépôt de Grasse, sans affectation après une fracture de la jambe. Fin février, il est affecté au 116ème BCA, 2ème Cie de mitrailleurs. Il participe alors aux opérations en Champagne : la Ferme de Saint-Hilaire-le-Grand, la Tranchée des Tantes, le Bois de la Chaise et la Ferme de l’Hermitage où il est blessé et transféré à l’ambulance d’Epernay.

Joseph, Bienvenu, François VILLEVIEILLE (1885-1916). Il est affecté au 163ème RI. Le 15 février son régiment part pour les Vosges et est mis en réserve de la 1ère Armée jusqu’au 2 avril 1915. Le soldat VILLEVIEILLE passe alors au 4ème Btn 3ème Cie de grenadiers voltigeurs. Le 3 avril, le régiment gagne Toul puis va prendre position dans le secteur 321, entre Pont-à-Mousson et Flirey (Meurthe-et-Moselle); les combats commencent le 6 avril pour se terminer le 14 mai 1915.

 

Et aussi

Louis, Marius BERNADOU (1896-1917), de la classe 1916, est cocher à Bouc Bel Air où il vit avec ses parents Pierre et Célina BARTHES ; Pierre est domestique à Aix-en-Provence.

Claudius, Cyrille, Marie ROUX (1886-1916), boulanger chez Louis OLIVIER, il s’est marié en 1913 avec Virginie DEBOURNIE. Début 1915, il est au 1er Régiment de Zouaves cantonné à Alger. Il embarque le 15 janvier de Casablanca pour Sète.

Edouard, Gustave BOUQUET (1891-1916), instituteur des garçons à Bouc Bel Air. Son régiment est toute l’année à Verdun (citadelle,  forêt de Hesse, bois de Forges, le Mort-Homme, Avocourt, les Rieux, Bois de Malancourt) partageant des périodes d'occupation des lignes et des périodes de travaux dans le bois de Malancourt.

Marcel, Louis DAUSSAN (1897-1918) est de la classe 1917 ; la famille (ses parents, Arthur et Marie ROSTAGNO, son frère aîné, Elie, et lui) vit au château d’Albertas où Arthur est cultivateur ; début 1915, Marcel n’a que 17 ans et demi et poursuit ses études : il sera mécanicien avant sa mobilisation.

Antoine, Marius PANELLI (1894-1916) fait son service militaire à l’Ecole d’Artillerie à Fontainebleau, lorsque la guerre éclate ; mécanicien cycliste de métier, il sort canonnier pointeur au bout de 8 mois, et devient instructeur jusqu’au 25 septembre 1915.

Gaston, Emile POLGE (1878-1918) exerce le métier de commis aux écritures. Soldat de 1ère classe au 141ème RI il participe, début 1915 aux offensives de l’Argonne, en particulier à la bataille de Vauquois à 25km à l’ouest de Verdun ; l’assaut de la butte (290m d’altitude) tenue par les Allemands est donné le 17 février, mais bien que les soldats français atteignent le sommet, ils ne peuvent en faire partir les Allemands: commence alors la "guerre des mines".

... encore en vie en cette première moitié de 1915 mais qui ne reviendront pas de cette terrible guerre.

 

Nos Boucains décédés.

Février et juin : deux mois funestes pour Bouc Bel Air qui perd deux de ses enfants :

Paul, Eugène MORTEMARD de BOISSE, qui bien que né à Toulon (Var) le 29 août 1883 a vécu avec ses parents Philippe et Marie Félixine LASSERE au château de la Lustière, petit chemin d’Aix. Le 25 janvier, son régiment, le 3ème régiment d’infanterie de Zouaves (RIZ) part dans le Pas-de-Calais pour renforcer la défense d’Arras ; la 2ème Cie est envoyée sur Sainte-Catherine pour surveiller la route de Lens à Arras. Un violent bombardement a lieu à Ecurie (Pas-de-Calais) au matin du 31 janvier au 2 février, suivi d’une attaque ennemie repoussée (Pertes sensibles : 42% de la 2ème Cie est hors de combat). C’est au cours de ce combat que le soldat MORTEMARD de BOISSE est grièvement blessé ; évacué, il décède le 6 février 1915 des suites de ses blessures à l’hôpital d’origine d’étapes (HOE) n°14/20 à Yvetot (Seine Maritime).

Auguste, Adolphe, Fortuné COQUILLAT (cultivateur). Ilnaît le 28 septembre 1883 à la Mounine, à Bouc. Ses parents, Auguste André (cultivateur) et Antoinette Marie TOUCHE (couturière) élèveront neuf enfants.

Auguste fait partie de la 47ème division d’infanterie commandée par le général de Pouydraguin. Le 15 juin, la division part à l’assaut de Metzeral (Alsace) dans le but de refouler les troupes allemandes au-delà de la haute vallée de la Fecht. C’est au cours de cette bataille qui durera jusqu’au 24 juin que le soldat COQUILLAT sera porté disparu le16 juin 1915.

 

Jean Paul Lancar et Marielle Renucci