Juin 1916 : perte du fort de Vaux

04/04/2016
Juin 1916 : perte du fort de Vaux

Edouard BOUQUET est instituteur à l’école des garçons de Bouc Bel Air (à l’emplacement de La Poste actuelle). De la « classe 1911 », il est réserviste mais a été rappelé dès le début de la guerre pour rejoindre le 111ème Régiment d’Infanterie.

Avant que ce régiment ne soit dissout en mars 1916, il sera affecté au 298ème RI qui va s’illustrer au cours de l’un des combats qui va marquer ce mois de juin 1916 dans la conquête de Verdun par les allemands. Ce combat c’est celui pour la prise du fort de Vaux. La résistance acharnée et héroïque du fort va durer du 2 au 7 juin et se terminera par sa capture après la reddition avec tous les honneurs de sa garnison aux ordres du commandant Raynal. Les allemands se mettront d’ailleurs au garde à vous pour recevoir sa capitulation. Le Kromprinz en personne offrira même un poignard et un sabre d’officier au commandant Raynal qui a été fait commandeur de la Légion d’honneur par le général Joffre la veille de la reddition.

Edouard BOUQUET a donc fait partie de l’une des unités qui va essayer vainement de briser l’étau qui étreint les poilus retranchés dans le fort, à court de munitions, assoiffées depuis déjà plusieurs jours, se battant au milieu d’un champ de ruine et dans une atmosphère pestilentielle de mort. Les quelques lignes qui suivent sont tirées de l’histoire de son régiment, le 298e RI, pendant la Grande guerre (Imprimerie Maurice Soucher, 1921) retranscrit par Benoit Izabelle.


« Dès le 1er juin le régiment est mis en état d‘alerte pour opérer dans la région Vaux- Damloup. Il part le 2 juin, vers 3 heures, dans la direction de Verdun où il doit stationner faubourg Pavé, prêt à partir au premier signal. Le 5ème Bataillon stationne faubourg Pavé, le 6ème dans les baraquements de l’Aviation. Le régiment est mis à la disposition du Général commandant la 124ème D.I.
Le 3 juin, le régiment, prévenu qu’il doit participer à une attaque ayant pour but de dégager le Fort de Vaux, quitte ses emplacements et arrive vers 13 heures au tunnel de Tavannes où il stationne jusqu’au soir.

A 19 heures 30, le 5ème Bataillon quitte le tunnel de Tavannes et par le boyau de l’Etang va occuper la région ouest du fort de Vaux, limitée à l’est par une ligne passant par le milieu de la tranchée nord du Fort et le chemin du Fort de Tavannes, à l’ouest par une ligne passant par la cote 246 et le chemin de la Bie de l’Hôpital.

Le 6ème Bataillon quitte à son tour le tunnel à 21 heures et se dirige sur P.C. Fumin par le boyau de l’Etang. Il relève des unités du 101ème et 124ème R.I. à la tranchée Fumin et dans le terrain chaotique compris entre le boyau R.1. et le ravin des Fontaines. Pendant la relève le régiment subit déjà des pertes élevées.

Le 5ème Bataillon désigné pour dégager le fort de Vaux qui lutte depuis plusieurs jours face à des attaques furieuses est en place à une heure. Deux compagnies sont placées au nord de la batterie sud-ouest du fort de Vaux, face au nord-est. La droite de ces compagnies a comme objectif la corne nord du fort avec mission de contourner le fort par le nord pour se souder à l’attaque de droite qui doit chasser l’ennemi de la superstructure du fort où il s’est installé.

La compagnie de gauche doit se conformer au mouvement de la droite. A 2 heures, au signal prévu, l’artillerie française qui tire sur le fort de Vaux et ses abords immédiats, allonge son tir. Le Commandant Guignot déclenche l’attaque et part en tête de la première vague. Les deux compagnies d’attaque s’emparent d’un élément de tranchée allemande au nord-ouest du fort et font une trentaine de prisonniers dont un officier. Arrêtées par les tirs de barrage d’artillerie et de mitrailleuses, les compagnies s’enterrent sur place ».

Edouard BOUQUET est donc cloué sur place avec ses camarades sous un déluge d’artillerie et sous le feu des mitrailleuses allemandes, tentant de se protéger dans les tranchées quasiment rebouchées ou dans les trous des obus. Le vacarme des explosions est assourdissant, les poilus tombent les uns après les autres déchiquetés par les éclats d’obus et les balles des Maxim (nom de la mitrailleuse allemande). Ce 4 juin le commandant Raynal a vu cette contre-attaque énergique du 298ème RI se briser sous le barrage d’artillerie. Edouard BOUQUET et tous les poilus engagés dans ces combats n’arriveront donc pas à desserrer l’étau allemand sur le fort.

Edouard et ses camardes encore vivants resteront en réserve dans la région du fort jusqu’au 15 juin avant d’être retirés de ce front le 20, totalement épuisés. Il va rejoindre les Vosges jusqu’à fin septembre, un secteur plus « calme ». Le 298ème RI aura plus de 1000 tués, blessés ou disparus pendant la bataille de VERDUN. Edouard en fera malheureusement partie quelques mois plus tard en novembre, lors de la reprise du fort par son régiment…