Reine Chouraqui nous a quitté

10/02/2021
Reine Chouraqui nous a quitté

Reine Chouraqui, la résistante boucaine au destin exceptionnel, est décédée à l’âge de 96 ans

Vous connaissez probablement son visage et il est très probable que vous ayez déjà échangé quelques mots avec elle.

Reine Chouraqui ne craignait jamais d’aller vers les autres et ne s’encombrait pas du vouvoiement. Il est vrai que les tragédies, qu’elle avait connu dans sa vie, l’invitait à ne pas s’embarrasser de convenances inutiles.

Même ses nombreux amis ne connaissaient pas son parcours étonnant, et celle de sa famille, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Vibrante, animée et toujours prête à engager la conversation, ou à plaisanter avec chaque personne qu’elle rencontrait, mais sans prétention, il était difficile d’imaginer son étonnant parcours parce qu’elle n’avait pas l’habitude de se mettre en avant. C’était une femme débordante de vie et mue par un profond amour pour la France.

De la déportation à la résistance

Née en Algérie, elle  grandit à Marseille dans le quartier Saint Pierre dans une famille unie et travailleuse, solidaire. Son père, ancien combattant de la guerre de 14 et patriote fervent est loin d’imaginer que la France ne protégera pas « ses » juifs quand ils sont convoqués pour faire tamponner leurs cartes d’identité. Spontanément, il cache des réfugiés juifs allemands de passage, essayant de quitter la France.

Reine est innocente, ignorante de tout dont le régime nazi est capable. Elle vit la terrible rafle du 23 janvier 1943, la nuit aux Baumettes avant le transfert à la gare d’Arenc - au dernier moment, avant d’être forcée de monter dans le train, sa présence d’esprit extraordinaire lui permet de sauver sa mère, sa petite sœur et elle-même. Par miracle, 15 jours plus tard, le père rentre à la maison. Il a osé sauter du train. Sa sœur, Dina, n’a pas pu être sauvée de la déportation, ni son frère, Léon.

Après le bombardement du Vieux Port, toute la famille déménage dans le Lot, où Reine s’engage dans le maquis. Elle prend part à de multiples actions risquées, en transmettant des messages et portant des armes. La France a reconnu cet engagement en la décorant de la médaille de bronze de la résistance lors d’une vibrante cérémonie en 2014.

Philosophe, elle disait, « Ce qui m’a donné la force de continuer, c’était de voir les Allemands envahir cette belle France, la déformer. Je ne pouvais pas rester tranquille à la maison. » A la Libération, c’est ce même désir de continuer la lutte pour sa patrie bien-aimée, à côté de ses camarades, qui l’incite à s’engager pour partir en Indochine, mais elle est encore mineure…..et son père pense que c’est le moment ou jamais de profiter de sa jeunesse.

Exodus

Alors, juste après-guerre, sa joie de vivre reprend le dessus. Gaie, avec sa démarche dansante, elle fait la connaissance, sur la Canebière, de l’équipage américain du célèbre bateau Exodus – et voilà qui s’ouvre un nouveau chapitre - et l’histoire personnelle de Reine rencontre la grande Histoire avec un « H » majuscule….avec sa famille, elle apporte une assistance stratégique essentielle pour pouvoir accomplir le voyage extraordinaire de l’Exodus.

Une générosité débordante

Reine a été une institution à elle toute seule dans la commune de Bouc-Bel-Air. Sa générosité était légendaire et tout le monde méritait la même attention, les notables comme les autres, les forts comme les fragiles.

Elle était dotée de la vraie noblesse – celle du cœur - arrivant à l’improviste avec un plat de son célèbre couscous pour la pharmacienne, accueillant un enfant chez elle après l’école, l’aidant à faire ses devoirs mais s’amusant avec lui, aussi. Si quelqu’un avait besoin d’un canapé pour la nuit, à la suite d’une dispute conjugale, sa porte était toujours ouverte.

Reine était un être humain exceptionnel. La connaître était vraiment un cadeau.

Malgré les moments difficiles que le destin lui a parfois réservé, elle n’était jamais amère et ne se permettait jamais de porter un jugement sur les autres.

En parlant de son maquis et ce qu’il a accompli, Reine, disait : « On n’était pas héroïque, on était sublime, plus qu’héroïque. »

A 96 ans, Reine nous a quitté. Sa sublime existance est une formidable inspiration pour ceux qui reste.

Reportage à découvrir dans le  JT de Bouc TV du lundi 15 février 2021 

 

Hommage du Maire, Richard Mallié, aux funerailles de Reine Chouraqui (Photo Y.Pertuisel)

 

Article du journal "La Provence