Bouc-Bel-Air : découverte d’une espèce de reptile marin unique au monde
Accueil → Actualités → Bouc-Bel-Air : découverte d’une espèce de reptile marin unique au monde
Si vous avez vu le film Jurassic World, vous vous souvenez probablement de ce monstre marin sortant de l’eau pour dévorer un requin. Il s’agit d’un mosasaure. Celui qui vient d’être découvert à Bouc Bel Air est beaucoup plus petit mais unique au monde.
Une découverte dont le maire, Mathieu Piétri, n’a pas caché sa fierté. Car au-delà de son intérêt scientifique, cette nouvelle espèce porte désormais Bouc-Bel-Air dans son nom : « baucensis » fait directement référence à la commune.
Et le nom complet choisi par les chercheurs possède une traduction particulièrement évocatrice : « Gare au maudit qui vient de Bouc-Bel-Air ! »
Les premiers peuplements terrestres en Provence proviennent de Bouc Bel Air
Pour comprendre cette découverte, il faut remonter environ 84 millions d’années, au Crétacé supérieur. La géographie de la région n’avait alors rien à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui : la Provence était une île, peuplée d'une faune aujourd'hui disparue.
Les recherches menées à Bouc-Bel-Air permettent ainsi de remonter aux tout premiers peuplements terrestres connus de cette Provence insulaire.
L’histoire des fouilles est elle-même singulière. Les scientifiques se sont notamment appuyés sur un travail réalisé par un étudiant il y a près d’un siècle, qui a contribué à orienter les recherches vers Bouc-Bel-Air.
Les investigations se sont ensuite concentrées dans le quartier de Sousquières, à proximité de l’oppidum celto-ligure. Un secteur qui s’est révélé particulièrement riche.
Une simple dent à l’origine de la découverte
Tout a commencé par une dent.
Cette première trouvaille a conduit les scientifiques sur la piste d'un mosasaure, avant que d'autres fossiles ne permettent d'aller beaucoup plus loin. L'étude d'un os du crâne a notamment permis de mettre en évidence des caractéristiques suffisamment particulières pour identifier une espèce jusqu'alors inconnue.
Le résultat des recherches vient d'être publié dans la revue scientifique PCI Paleontology.
Le Garamau baucensis mesurait environ 2,5 à 3 mètres de long. Il appartenait à la famille des mosasaures, ces grands reptiles prédateurs du Crétacé. Le grand public connaît notamment leur version spectaculaire popularisée par le film Jurassic World, où un gigantesque mosasaure surgit de l'eau pour dévorer un requin.
Le mosasaure de Bouc-Bel-Air était très différent. Plus petit, il présentait des caractéristiques anatomiques mêlant adaptations terrestres et aquatiques. Surtout, contrairement aux mosasaures principalement connus dans les environnements marins, celui-ci vivait en eau douce, dans les lacs et milieux lacustres de l'ancienne Provence.
Cette particularité rend la découverte boucaine particulièrement intéressante pour les chercheurs : elle apporte de nouveaux éléments sur la diversité et l'évolution de ces animaux, dont certaines lignées avaient donc colonisé les eaux douces continentales.
Tortue, raptor, poissons… Sousquières n’a peut-être pas livré tous ses secrets
Le mosasaure est la découverte emblématique, mais il est loin d'être le seul animal mis au jour à Bouc-Bel-Air.
Les fouilles ont livré de nombreux ossements qui sont encore en cours d'étude. Parmi eux figurent notamment des restes attribués à différents animaux, dont un dinosaure carnivore de type raptor, ainsi que des fossiles de poissons, avec notamment un crâne d'une taille exceptionnelle pour son espèce.
Plus intrigant encore : certains fossiles pourraient correspondre à une nouvelle espèce de tortue découverte à Bouc-Bel-Air. À ce stade, les scientifiques restent prudents : les analyses doivent être achevées avant de pouvoir confirmer cette hypothèse.
Autrement dit, le sous-sol boucain pourrait encore réserver de nouvelles découvertes.
Garamau baucensis : Bouc-Bel-Air entre dans la nomenclature scientifique
Pour la commune, l'identification de cette nouvelle espèce possède une dimension particulière. Le nom de Bouc-Bel-Air est désormais inscrit dans la nomenclature scientifique d'un animal ayant vécu il y a 84 millions d'années.
Une source de fierté soulignée par le maire lors de la conférence de presse, qui a tenu à remercier et féliciter l'ensemble des chercheurs ayant participé aux fouilles et aux travaux scientifiques.
Une attention particulière a été adressée à Thierry Tortosa, paléontologue et conservateur de la Réserve naturelle nationale de Sainte-Victoire, qui avait apporté pour l'occasion plusieurs éléments issus des découvertes afin qu'ils puissent être présentés au public et aux participants.
Autour de lui étaient notamment présents Yves Dutour et Éric Turini, du Muséum d'Histoire naturelle d'Aix-en-Provence, ainsi que François-Louis Pélissier, du Muséum d'Histoire naturelle du Var. Le Département des Bouches-du-Rhône était représenté par Jean-Marc Perrin, conseiller départemental délégué à la mise en relief de la paléontologie et de l'archéologie en Provence.
Les pièces présentées vendredi ne resteront cependant que très peu de temps à Bouc-Bel-Air : leur étude et leur conservation nécessitent leur retour rapide auprès des scientifiques.
Mais ce n'est que partie remise.
Mathieu Piétri a en effet annoncé qu'une grande exposition consacrée à ces découvertes sera organisée à Bouc-Bel-Air en 2027. Elle permettra aux Boucains, aux familles et aux scolaires de découvrir les fossiles et de mieux comprendre à quoi ressemblait leur territoire il y a 84 millions d'années.
De l'oppidum celto-ligure aux animaux du Crétacé, Bouc Bel Air révèle ainsi une profondeur historique assez vertigineuse. Et désormais, une certitude : bien avant les premiers Boucains, Garamau baucensis avait déjà choisi le territoire qui est aujourd’hui notre commune !