1914-1918/2014-2018 : Souvenons-nous !

22/10/2018
1914-1918/2014-2018 : Souvenons-nous !

1914-1918/2014-2018 : Souvenons-nous !

 

Madame GROSS, institutrice à Bouc Bel Air en 1914, écrivait dans un de ses rapports : « Dès le jour de la mobilisation, tous les hommes valides de Bouc sont partis avec joie et entrain. 90 habitants ont ainsi rejoint leur corps, il ne reste à l’heure actuelle à Bouc Bel Air que quelques hommes trop âgés ou réformés pour maladie grave. La population toute entière a accepté sans murmure, et plutôt avec fierté patriotique, toutes les charges qu’a créées la guerre, dans un village agricole, et si elle souhaite la paix, elle ne la veut cependant qu’après notre triomphe, et l’écrasement d’un adversaire arrogant. »

 

Tout au long des commémorations du bicentenaire, la commune a voulu rendre hommage à ses Poilus, et plus généralement à tous les combattants de la « Grande guerre ». Elle l’a fait en 2014 avec cette remarquable exposition au Château réalisée grâce au travail de toute l’équipe de bénévoles qui ont formé le « collectif boucain pour le souvenir de la Grande guerre ». Elle l’a encore fait en 2015 en associant la commune italienne de Fiesole à la cérémonie du 11 novembre. En 2016 ce fut la commémoration de la bataille de Verdun et l’inauguration de l’esplanade Edouard BOUQUET. L’année dernière a été l’occasion d’entendre une conférence sur la bataille du chemin des dames en particulier, comme ce fut le cas en 2016 pour les batailles de la Somme et de Verdun, ainsi qu’en 2014 avec l’historien Jean-Yves Le NAOUR.

Le « collectif boucain pour le souvenir de la Grande guerre » a aussi permis l’édition d’un superbe ouvrage (accompagné de deux DVD) sur nos Poilus et sur la commune entre 1914 et 1918, « Bouc Bel Air à l’épreuve de la Grande guerre ». Tout au long de ces quatre années, une page dédiée à « Ceux de 14-18 » a été ouverte sur le site Internet de la ville, égrenant les jours qui s’écoulaient depuis le déclenchement des hostilités. Le compteur s’arrêtera le 11 novembre prochain au chiffre effrayant de 1598 jours… Mme GROSS et tous les boucains s’imaginait-ils que les jeunes hommes de la commune allaient la quitter en ce mois d’août 1914 pour tous ces jours, semaines, mois et années et que certains ne reviendraient pas ?

En cette dernière année de commémoration évoquons une nouvelle fois le souvenir de ces « enfants » de Bouc Bel Air qui ont vaillamment défendu la Patrie. Au fil des quatre ans de boucherie qu’a connue notre pays, remémorons-nous leurs souffrances et leur sacrifice pour bon nombre d’entre eux.

 

Août 1914, la guerre vient donc d’éclater et ces premiers mois de combat vont être parmi les plus mortels. Déjà la commune va payer un lourd tribu avec le décès de plusieurs de ses poilus. C’est le soldat Joseph GIDE (cultivateur- 27 ans) qui est mortellement blessé par un coup de baïonnette dans la région de Verdun le 9 septembre. Le sergent Jules ROUX (mécanicien- 31 ans) meurt le 30 septembre au cours de la bataille de la Marne à Prunay. C’est le sergent Louis COLLOMB (imprimeur- 21 ans) qui est d’abord blessé le 7 octobre au cours d’un assaut dans le secteur de Saint-Laurent-Blangy avant de décéder quelques jours plus tard. Paul OLIVIER (cultivateur- 37 ans) assure des missions de ravitaillement dans la région de Malancourt (Meuse) lorsqu’il est lui mortellement fauché par des éclats d’obus le 13 octobre. C’est le 15 novembre que le soldat Marius ISOARDO (mineur- 27 ans) meurt au poste de secours après avoir été blessé aux marais de Saint-Gond dans la Marne. C’est encore le chasseur Louis ARNAUD (cultivateur- 25 ans) qui meurt pour la France le 1er décembre à Lampernisse (Flandre) sous un terrible bombardement. C’est le lendemain, toujours dans la Meuse, que le canonnier Clovis GROS (maçon- 23 ans) est tué par un obus de gros calibre qui s’abat sur sa batterie. Enfin, le soldat Louis VERAN (enquêteur de police- 28 ans) décède des suites de ses blessures la veille de Noël après d’âpres combats dans les Flandres. A chaque fois ce sont des familles en pleur qui accueillent la triste nouvelle.

 

Et déjà l’année 1915 est là, alors que l’on croyait que la guerre allait être courte…Léopold BERNARD (cultivateur- 19 ans) est soldat au 105ème RI et en ce début d’année 1915 se trouve dans le secteur d’Erches dans la Somme. Amable, GUEIDON (cultivateur- 38 ans) est quant à lui au 4ème bataillon de chasseurs à pieds (BCP) qui cantonne dans les faubourgs d'Ypres. Auguste OLIVIER (cultivateur- 19 ans) est légèrement blessé lors de l’attaque du Pont des Quatre Enfants (forêt de Hesse). Joseph VIAL (cultivateur- 28 ans) participe aux opérations en Champagne où il est blessé. Paul MORTEMARD de BOISSE (32 ans) lui est grièvement blessé au cours d’un bombardement à Ecurie (Pas-de-Calais) le 2 février. Evacué, il décède le 6 février 1915 des suites de ses blessures. Le 15 juin, la division d’Auguste COQUILLAT (cultivateur- 32 ans) part à l’assaut de Metzeral (Alsace) dans le but de refouler les troupes allemandes au-delà de la haute vallée de la Fecht. C’est au cours de cette bataille qui durera jusqu’au 24 juin qu’il sera porté disparu le16 juin 1915.

 

Depuis le 21 février 1916 les allemands sont passés à l’offensive sur le front de Verdun. Jules OLIVIER (cantonnier- 26 ans) se trouve dans la mêlée avec son régiment, le 3ème RI, sur les pentes du ruisseau des Forges entre Malancourt et Béthincourt. Le soldat Louis BERNARDOU (cocher- 20 ans) est incorporé au 163ème RI en début de cette année 1916. Il rejoint rapidement ce secteur où son régiment perdra jusqu’à 1600 hommes pendant cette période. Le canonnier Emile SAMAT (cultivateur- 38 ans) est envoyé dans la région de la forêt de HESSE, un peu plus au sud du secteur où combattent ses deux compatriotes. C’est là qu’il va y trouver la mort dans une de ses missions de liaison le 22 mars 1916. Il sera décoré à titre posthume. L’instituteur des garçons de Bouc Bel Air, Edouard BOUQUET (instituteur- 25 ans), est quant à lui sergent au 111ème RI et se trouve dans le bois de Malancourt depuis plusieurs semaines lorsque les allemands en donne l’assaut après un très violent bombardement. Il sortira vivant de cette attaque pour perdre la vie quelques mois plus tard, au fort de Vaux le 4 novembre. Le chasseur Amable GUEIDON se trouve quant à lui sur la rive droite de la Meuse en ce mois d’avril 1916. Il y combat avec ses camarades depuis février et a été informé de l’ordre du jour du général Pétain. Avec ses frères d’arme il a effectivement « rivalisé d’héroïsme » et va continuer à le faire jusqu’à ce qu’il soit retiré du front le 2 mai pour aller au repos du côté de Bar-le-Duc.

Tous nos Poilus boucains combattants de Verdun sont montés vers le « Golgotha meusien », selon l’expression de l’historien Jean-Yves le Naour, en empruntant la « voie sacrée », cette route empierrée qui aura nécessité plus de 700 000 tonnes de cailloux pour être entretenue pendant 10 mois. Etienne BERENGER (cultivateur- 30 ans), Louis BERNADOU, Léopold BERNARD, Joseph BOUCHET (cultivateur- 30 ans), Edouard BOUQUET, Marceau DAUSSAN (mécanicien- 19 ans), Jean-Marie GABELIER (agriculteur- 34 ans), Jules OLIVIER, Antoine PANELLI (mécanicien- 22 ans), Gaston POLGE (commis aux écritures- 38 ans), Emile SAMAT, Marius SIBILOT (métayer- 32 ans) et Joseph VILLEVIEILLE (cultivateur- 31 ans) auront fait partie des 20000 soldats qui ont transité quotidiennement sur cet axe vital aux côtés des 2000 tonnes de munitions. Ils sont serrés dans les caisses des camions comme des bestiaux que l’on mène à l’abattoir. Ils débarquent au carrefour du « Moulin brûlé » pour parcourir souvent de nuit la dizaine de kilomètres qui leur reste à faire pour rejoindre les tranchées, ployant sous le poids de leur barda. Ils croisent dans l’autre sens les « troupes descendantes », ivres de fatigue et totalement abruties par les bombardements incessants.

Comme sur le fort de Souville, pendant tout le mois de juillet les bombardements ne cessent pas un seul instant sur l’ensemble de la ligne de front. Le canonnier Antoine PANELLI appartient au 83ème régiment d’artillerie lourde. Avec sa batterie il est déployé non loin de Verdun sur la rive gauche de la Meuse, entre Thierville-sur-Meuse et Charny-sur Meuse. Les artilleurs français rendent coup pour coup à leurs homologues allemands. Ils sont en appui des fantassins qui tiennent ce secteur de Verdun. C’est au cours d’un violent pilonnage de sa position qu’il est tué le 24 juillet.

En ce mois d’août 1916, le soldat Jean-Marie GABELIER est bien loin de chez lui et de sa famille. Il combat avec son régiment, le 55ème Régiment d’infanterie, dans le secteur d’Avocourt, dans les côtes d’Argonne, à l’ouest de Verdun. Comme sur l’ensemble du front un « calme » tout relatif y règne, car avec ses camarades il supporte les nombreuses attaques allemandes. Ils continuent ainsi à subir des pertes sous les tirs incessants de l’artillerie ennemie. Le caporal Marceau DAUSSAN fait partie du 120ème régiment d’infanterie territorial. Compte tenu de son âge, il ne devrait pas combattre en première ligne mais la bataille de Verdun a jeté dans la fournaise tous les combattants valides. Il se trouve donc ce mois de septembre dans les environs de Verdun et aura sans aucun doute entendu les deux formidables explosions qui ont eu raison de la vie de ces centaines de Poilus qui se croyaient dans le tunnel de Tavannes à l’abri des bombardements mortels incessants de l’artillerie allemande …

Edouard BOUQUET n’a plus que trois jours à vivre en ce début novembre 1916. Le fort de Douaumont a été repris et le commandement veut absolument aussi reprendre le fort de Vaux. Le 2 novembre vers 17H00 les français apprennent que les allemands s’apprêteraient à abandonner le fort. Le fort est totalement investi à 2H45. Les français viennent ainsi de reprendre les deux forts importants de Douaumont et de Vaux qu’ils avaient perdus dès le début de l’offensive allemande en février. Mais à quel prix ? Ce prix, Edouard BOUQUET allait lui aussi le payer de sa vie le lendemain. Il sera déclaré « tué à l’ennemi » le 4 novembre. La France venait de perdre un nouveau Poilu et Bouc Bel Air son instituteur.

 

Alors que la bataille de Verdun fait rage, une autre, encore plus féroce et mortelle se déroule en cette année 1916. Côté français, ce sont les VIème et Xème armée qui sont engagées et au sein des unités qui les composent quelques-uns de nos Poilus boucains. C’est ainsi que Léopold BERNARD du 92ème RI, Henri ESCOFFIER (employé de commerce- 21 ans) du 52ème BCP, Antoine GIDE (mécanicien- 27 ans) du 4ème RIC, Auguste REYNOIRD (cultivateur- 28 ans) du 27ème BCA et Claudius ROUX (boulanger- 30 ans) du 1er RZ vivront eux aussi un autre véritable enfer, comme leurs compatriotes boucains à Verdun. Dans la boue (il aura quasiment plu sans arrêt pendant toute la bataille), sous un orage et un déluge d’acier, ils auront, par leur courage, desserré quelque peu l’étau allemand sur la Meuse en détournant une partie de leurs forces un peu plus à l’ouest. Car c’est bien à partir de juillet que le rapport de force va s’inverser à Verdun et que les français vont reconquérir le terrain perdu depuis février. Le sacrifice des Poilus et des Tommy’s de la Somme aura sans aucun doute concouru à la victoire finale de Verdun. Le chasseur Amable GUEIDON du 4ème BCA sera l’un de ceux qui auront donné leur vie, en mourant de ses blessures le 3 octobre.

 

Après 1916 et les batailles de Verdun et de la Somme, l’année 1917 va être marquée en particulier par la trop célèbre et sanglante  « bataille du chemin des Dames ». Plus de 100 000 poilus y seront mis hors de combat en 15 jours et cette hécatombe sera d’ailleurs à l’origine de mutineries. Au total les pertes se monteront à quelques 200 000 hommes chez les français et 300 000 côté allemand. Le chasseur Henri ESCOFFIER, du 52ème BCA, est engagé en juin dans la région de Craonne. Pendant tout ce mois, avec son bataillon, il alternera combats en première ligne avec une succession d’attaques et de défenses dans le bois de Chevreux, et période de réserve un peu plus à l’arrière. Il aura la chance de survivre à ces combats et sera ensuite envoyé avec son bataillon dans la Meuse avant de revenir en Champagne à la fin de l’année.

 

Les « enfants » de Bouc vont continuer à combattre jusqu’à ce 11 novembre 1918, deux d’entre eux y trouvant la mort pendant cette année 1918. Que ce soit dans l’Aisne, dans la Marne, en Champagne, dans les Vosges, dans la Somme ou encore en Argonne, là où les combats continuent à faire rage, ils défendront leur Patrie jusqu’au bout, loin des leurs. Jules OLIVIER qui est sapeur se trouve en Meurthe et Moselle en ce début d’année 1918 et avec sa compagnie participe à la consolidation de tranchées et de fortifications. Pendant ce temps, Héloïs OLIVIER (boucher-36 ans, qui sera maire de la commune de 1935 à 1944) combat avec son régiment dans l’Aisne dans la région de CHAUNY où il est fait prisonnier le 6 avril et restera en captivité jusqu’à l’armistice. Le chasseur Henri ESCOFFIER participe lui à l’offensive dans la Marne au printemps et est blessé par des éclats d’obus le 29 septembre lors de la contre-offensive de la Somme. Le chasseur Fernand CANOBIO (cultivateur-20 ans) est lui aussi dans la Somme entre avril et juillet, avant de passer par la Champagne et de rejoindre le front des Flandres les derniers mois de guerre. Le caporal Marius SIBILOT est d’abord dans l’Aisne, puis en Champagne où il est blessé à la tête par un éclat d’obus le 29 juillet à Ville-en-Tardenois. Le chasseur Jean ANDRAUD (mécanicien-35 ans), quant à lui, est affecté au 20ème bataillon de chasseurs et est fait prisonnier lors des combats de Mesnil-les-Hurlus le 12 septembre. Il restera interné en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Le soldat Joseph BOUCHET, après avoir combattu avec son régiment d’infanterie dans la Somme, est à Villemoyenne dans l’Aines le 30 juillet où il est blessé pour la troisième fois depuis qu’il a été incorporé en avril 1915. Son jeune camarade Louis BÉRENGER (cultivateur-20 ans) a moins de chance et trouve la mort le 5 août dans la région de SOISSONS lors d’une patrouille. Le chasseur Emile REYNOIRD (cantonnier-31 ans), après les Flandres et la Champagne, combat lui dans la région de Hayange (Moselle) où il disparait lors d’une mission au début du mois de novembre. Il sera retrouvé le 5 décembre dans la région de Sarrelouis. Enfin, le soldat Léopold BERNARD sera le dernier mort des « enfants » de Bouc. En effet, c’est le 12 novembre 1918 qu’il décède de maladie après avoir combattu successivement toute cette année dans la région de Verdun puis dans l’Aisne et en Argonne.

 

Cette guerre aura profondément marqué la commune, comme toutes celles de notre pays. Même s’ils n’ont pas directement souffert des combats et des terribles destructions engendrés par ceux-ci, ses habitants l’ont vécu plus ou moins dans leur chair. Tous étaient impactés ou au moins concernés par le départ de l’un des leurs ou des maris et des fils d’autres familles, car tous se connaissaient dans notre petite commune rurale de cette époque.

 

Honneur et gloire à nos poilus ! Nous avons le devoir de ne pas les oublier.